L'Auvergne Agricole 30 janvier 2008 à 00h00 | Par S. GIRAUD

Bilan de santé de la Pac - Gilles Amat : “Réinventer des outils de régulation”

Le président des JA Auvergne estime qu’il est temps de redéfinir les contours de la PAC qui doit enfin se donner les moyens de ses ambitions, en particulier en matière d’installation.

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Agriculteur dans le Cantal, Gilles Amat est président des JA Auvergne.
Agriculteur dans le Cantal, Gilles Amat est président des JA Auvergne. - © Auvergne Agricole

La profession semble mettre beaucoup d'espoir dans l'année 2008. Quelles sont les opportunités à saisir ?
Avec la présidence française de l'Union européenne au second semestre et l'ouverture du calendrier sur le bilan de santé de la PAC, 2008 est une année importante. L'avenir de la politique agricole européenne doit être posé. Les enjeux sont à la fois alimentaires, territoriaux et environnementaux. L'agriculture est en mesure d'apporter des réponses à ces enjeux, si tant est qu'on lui en donne les moyens.

Pourquoi êtes-vous aujourd'hui favorable à une révision de la PAC ?
La PAC, telle qu'on la connaît actuellement, ne correspond plus aux objectifs qu'elle s'était fixée au départ. Par des démantèlements successifs, la PAC a contribué à creuser les écarts entre zones, productions et donc entre agriculteurs.

Quelles sont vos propositions ?
Nous avons participé à la rédaction du livre blanc de l'agriculture du Massif central qui plaide en faveur d'une PAC plus équitable. De la même façon, le rapport d'orientation 2008 de Jeunes Agriculteurs national a pour objet de proposer un nouvel ordre en matière de politique agricole. Pour faire du principe d'équité une réalité, cela passe d'abord par des mécanismes de régulation capables de corriger les éléments distorsifs. Concrètement, tous les produits du monde n'offrant pas les mêmes garanties en terme sanitaire, quantitatif et qualitatif, il en va de la responsabilité des pouvoirs publics de mettre en place des mécaniques pour que notre production demeure compétitive. C'est à ce prix que l'on assurera une alimentation suffisante et de qualité, à des tarifs qui permettent aux consommateurs de subvenir convenablement à leurs besoins et à l'agriculteur de vivre décemment de son activité. Nous avons besoin de réinventer des outils pour garantir la trésorerie des agriculteurs, la continuité dans les méthodes de production et la souveraineté alimentaire. Ce raisonnement apparaît on ne peut plus légitime dans un contexte de pénurie, comme on commence à le connaître actuellement au niveau mondial.

Le livre blanc pose le principe «produire c'est nourrir», et pour produire il faut des hommes et donc des installations. Le nouveau parcours à l'installation est-il de nature à attirer davantage de jeunes vers le métier ?
C'est l'un des objectifs assigné au nouveau parcours à l'installation, qui devrait être opérationnel en juin prochain. L'agriculture accueille aujourd'hui de plus en plus de gens venus d'horizons divers. Avec le nouveau parcours, leur expérience antérieure sera prise en compte. Les nouveaux candidats à l'installation qui ne seront pas passés par un cursus dit classique ne seront pas pour autant exonérés de l'acquisition des compétences indispensables pour gérer une exploitation. Il en va de la crédibilité du dispositif qui doit garantir la professionnalisation. Le nouveau parcours à l'installation apporte un peu de fluidité au jeune dans la façon dont il peut acquérir la capacité professionnelle, mais sur le fond l'objectif doit rester le même : avoir des agriculteurs en mesure de tirer un revenu de leur production.

Le système du parcours à l'installation a-t-il selon vous montré ses preuves ?
Les statistiques démontrent que 95% des jeunes qui ont suivi le parcours sont toujours agriculteurs dix ans après leur installation. Hors parcours et donc hors aides (DJA), on tombe à 60%. Aujourd'hui, en modifiant le parcours, l'idée c'est aussi de profiter de cette ouverture pour encourager une partie des 4.000 jeunes qui s'installent chaque année sans DJA à être accompagnés dans le parcours agricole pour obtenir les aides à l'installation. La France installe en moyenne 16.000 agriculteurs chaque année, dont 10.000 qui pourraient prétendre aux aides, parmi lesquels seuls 6.000 la demande.

L'accompagnement des jeunes passe par la formation mais aussi par des mesures financières. Les prêts bonifiés JA sont finalement sauvés (lire p 6). Pourquoi est-il important de conserver ce mécanisme ?
L'envolée des taux de marché n'a pas été sans conséquence pour l'Etat, dans la mesure où la bonification lui coûte plus cher. Le ministère de l'agriculture a remis en cause la légitimité de ces prêts bonifiés et souhaiterait à terme aller vers un dispositif où l'on fusionnerait DJA et prêts bonifiés. Finalement, pour 2008, le ministre a obtenu une enveloppe qui permettra de conserver ce dispositif.
Il n'en demeure pas moins que nous sommes opposés à la fusion entre DJA et prêts bonifiés car l'un et l'autre ont chacun des objectifs bien distincts. La DJA correspond à une aide à la trésorerie nécessaire au démarrage de l'activité alors que les prêts bonifiés permettent de réaliser les investissements liés à l'installation et garantissent une équité de traitement entre jeunes agriculteurs dans la mesure où le projet est viable et où ils disposent des compétences requises.
Plus que jamais, nous avons donc besoin de cette mécanique de prêts bonifiés, qui est même insuffisante. Si l'on veut que l'agriculture reste productrice de biens de consommation, cela passe nécessairement par des mécanismes financiers de soutien à l'investissement. En effet, par rapport à d'autres secteurs d'activité, une installation agricole nécessite une importante mobilisation de capitaux alors qu'elle a le plus faible retour sur investissement.

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