L'Auvergne Agricole 25 février 2015 à 08h00 | Par C.Rolle

Avec la fin des quotas s’ouvre une nouvelle ère laitière

A la fin du mois de mars prochain, les quotas de production de lait seront définitivement abolis. À compter de cette date, le marché sera libéralisé. Quid dans le Puy-de-Dôme ?

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Pascal Servier et David Chauve, deux générations d’éleveurs laitiers qui reconnaissent aux quotas une vertu dynamisante de la
production départementale
Pascal Servier et David Chauve, deux générations d’éleveurs laitiers qui reconnaissent aux quotas une vertu dynamisante de la production départementale - © Auvergne Agricole

Instaurés en 1984, les droits à produire ou quotas laitiers vont très vite constituer un symbole de la politique agricole commune (Pac) des pays membres. Il s’agissait alors de remplacer le soutien des prix par la limitation de l'offre, afin de garantir un revenu aux agriculteurs, quelle que soit la taille de leur exploitation, et d’équilibrer le marché. Attachés au foncier, les quotas visent à maintenir un grand nombre de producteurs, répartis sur tous les territoires.

 

1984, accueil frileux des quotas

Il y a 30 ans les éleveurs laitiers du Puy-de-Dôme ont accueilli les quotas avec beaucoup de craintes, à l’image d’ailleurs de leurs homologues français qui voyaient dans ce dispositif un frein à la production. Or aujourd’hui, avec le recul, la profession reconnaît que l’instauration des quotas laitiers a permis de booster la production, y compris dans le département «En 84 nous avons certes connu la peur du changement. Mais très vite cette politique nouvelle nous a fait prendre conscience du retard que nous avions localement par rapport à d’autres productions et à d’autres régions explique Pascal Servier, ancien président de la Fdpl(1). Il faut se souvenir qu’à l’époque nous n’avions aucun élément de comparaison entre régions. La mise en place des quotas a ouvert les yeux des éleveurs sur l’état de la production laitière dans le Puy-de-Dôme et sur les capacités de développement qui existaient. En caricaturant un peu, je dirais que nous sommes passés du Moyen âge au troisième millénaire…»

Le dispositif de régulation mis en place, il faudra attendre 1985 pour «ressentir l’élan de la production» dans le Puy-de-Dôme. La dynamique est concomitante au développement agricole qui fait ses premiers pas dans le département. « Il y a 30 ans, le quota moyen avoisinait les 40 000 litres par producteur, et une exploitation sur dix était au contrôle laitier ! Nous étions dans une production de subsistance» rappelle Pascal Servier. Il y avait de nombreuses disparités entre zones de montagne avec des exploitations peu spécialisées (sauf dans le bassin de Rochefort-Montagne). Il se produisait aussi du lait en Limagne avec des cheptels qui comptaient parfois une cinquantaine de vaches laitières.

Avec l’arrivée des quotas, les exploitations se sont spécialisées. Les premières à le faire ont été les fermes de plaine. Elles ont abandonné la production laitière pour se focaliser sur les grandes cultures. Pour les éleveurs laitiers entrés de plain pied dans le dispositif des quotas, il y avait désormais un objectif de production à atteindre ; « un objectif qui ensuite deviendra un plancher de production» précise Pascal Servier.

L’évolution était lancée ! Le syndicalisme, à travers la Fnsea et Michel Debatisse, s’est alors battu pour que la gestion des quotas et des volumes soit assurée par la profession et non par les entreprises comme cela était prévu à l’origine. Cette «bagarre» syndicale a donné naissance aux CDOA (Commission départementale d’orientation agricole) et responsabilisé les agriculteurs. «Les quotas ont permis de structurer la production dans le Puy de-Dôme et chaque paysan s’est alors fixé un choix d’entreprise» poursuit David Chauve, président de la Fdpl.

- © Auvergne agricole

 

Le PDL booste la production locale

Depuis la création des quotas laitiers en 1984, la filière laitière française a radicalement évolué. Dans les années 90 elle vit la mise en place des outils de gestion de marché. Au début des années 2000 elle assiste aux premiers pas du démantèlement dans le secteur laitier. Entre 2007 et 2010 la filière est fragilisée par la crise. Cette période est d’abord marquée par le bilan de santé de la PAC, qui acte définitivement la fin du système des quotas pour 2015, et le démantèlement des outils de régulation européens.

Dès 2008 dans le Puy de Dôme, les professionnels s’impliquent dans la préparation de la fin des quotas pour accompagner les exploitations laitières à passer le cap 2015. Pour cela, l’Udsea et la Chambre d’agriculture initient le Plan de développement laitier (PDL). « Notre action avait pour but de créer une dynamique laitière dans le département en octroyant des volumes supplémentaires aux jeunes agriculteurs et aux investisseurs (ndlr : l’objectif du PDL était de redistribuer les quotas non-remplis avant qu’ils ne partent en dehors du département). Nous avons dû faire le forcing auprès de la profession, de la DDT et de France AgriMer pour mettre en place les PDL» raconte Pascal Servier. 600 exploitations ont été bénéficiaires du plan dont 350 hors installation, pour une attribution moyenne de 90 000 litres. Le département a augmenté ainsi de 10% son volume de production portant le quota moyen en 2011 à 211 000 litres/exploitation.

Fort de son succès, le schéma PDL s’est généralisé sur le bassin Massif central et a servi de base de travail pour préparer l’après quotas. « Nous sommes fiers d’avoir initié les PDL pour accompagner les producteurs dans le changement et leur donner des perspectives », expliquent en cœur David Chauve et Pascal Servier.

2015, une page se tourne

Que va-t-il se passer à partir du 1er avril ? « Aujourd’hui, il appartient aux producteurs d’écrire l’histoire de l’après quotas. Nous devons prendre nos responsabilités, assumer les bons choix comme cela a été fait par le passé » affirme Pascal Servier. Pour David Chauve, le plus dur est de sortir des volumes administrés pour aller vers une gestion contractualisée, amorcée depuis 2011. « La structuration des producteurs est aujourd’hui en route. Le syndicalisme a mis des moyens humains, techniques et juridiques pour accompagner les éleveurs dans une négociation contractuelle avec les entreprises, qui ne pouvait se faire que collectivement.». Aujourd’hui il y a donc une association de producteurs face à chaque entreprise et chaque coopérative. Cette nouvelle relation producteur/entreprise est l’occasion pour les uns de découvrir les problèmes des entreprises et pour les autres de percevoir aussi les difficultés des éleveurs. « Les producteurs même s’ils doutent, ont une place à prendre dans la filière. Il y a une opportunité à saisir ! » concluent les deux représentant de la Fdpl du Puy-de-Dôme.

 

(1) Fédération départementale des producteurs de lait.

Ils ont dit...


« L’UDSEA en lien avec la FNSEA n’a pas à rougir des actions syndicales qui ont été construites autour des quotas notamment  dans la gestion  des volumes. Le syndicalisme a assumé son rôle et continuera à le faire dans la nouvelle  ère  laitière »

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